Divers

La Vie du Rail

Numéro 704

 

 

 

 

 

LE CHEMIN DE FER DE BESSEGES A ALES

fils de la compagnie Houillère de Bessèges

1830 - L'EPOQUE SAINT-SIMONIENNE

par M. Alban FRANCOIS
Les Saint-simoniens et l'essor industriel dans le Bassin d'Alès :
Alès - Berceau des voies ferrées :
Le maréchal Soult lui fit part de ses remarques sur la région d'Alès et lui demanda d'étudier les richesses minières de ce pays, ainsi que les moyens de communications susceptibles de permettre leur exploitation.
C'est en 1825, le 16 février, que plusieurs directeurs des Mines d'Alès se sont associés pour demander l'autorisation de construire une voie ferrée destinée à transporter la houille des Cévennes au Rhône et à la mer, et qu'il leur soit accordé les mêmes conditions qu'au chemin de fer de la Loire au Pont-de-l’Anre.
 
Nous sommes en 1829, sous la Restauration.
Les idées sont en pleine ébullition, et la fine fleur d'une jeunesse instruite, ardente, enthousiaste veut transformer la société. Le rêve de ces jeunes gens, tous pénétrés de la doctrine saint-simonienne, est de « faire quelque chose de grand qui soit à leur hauteur »...
 
 
 
Paulin Talabot partit pour Alès, explora les mines de charbon et de fer, dont le développement était paralysé, faute d'un débouché facile.
 
Deux lignes étaient prévues : Alès-Lunel (65 km) et Alès-Aigues-Mortes (75 fan).
La conclusion de son enquête : « Partout les couches de minerai et de combustible se trouvent mêlées et superposées de la manière la plus favorable à l'exploitation… »
L'ingénieur sera l'officier de l'armée pacifique des travailleurs, et la société, militaire sous l'Empire, deviendra industrielle : « Tout pour l'industrie, tout par l'industrie », suivant l'expression de Seguin aîné.
Ce projet resta sans suite jusqu'en 1830, date où fut créée la Compagnie des Forges d'Alès. Alors, la question des chemins de fer revint à l'ordre du jour.
Il fallait appliquer à cette région les méthodes que Beaunier et les frères Seguin avaient inaugurées dans la région de Saint-Etienne.
 
Deux projets apparaissent Celui de M. Biard, directeur de la Compagnie des Forges d'Alès, qui, le 12 mars 1830, demande d'établir sur la route départementale n° 19, de Mende à Alès, entre la mine de Rochebelle et le hameau de La Blaquière, un chemin en fer pour le transport de la houille aux mines de la compagnie. « ... Ce chemin, qui fut établi et avait une longueur de 3,500 km, consistait en bandes de fer fixées, à l'aide d'un bon masticot, dans des rainures de 4 ou 5 centimètres de profondeur, pratiquées dans des pierres de taille placées sur des petits murs au mortier construits contre l'accotement de la route et du côté de la montagne. Les bandes de fer étaient distantes l'une de l'autre de 80 centimètres, espace entre les roues des chariots. Les chevaux qui traînaient ces derniers trottaient sur l'accotement de la route. »
 
Nous ne retiendrons que la doctrine économique et sociale de cette école, celle qui fit naître l'idée des grands travaux d'utilité publique moderne, des percements d'isthmes, des grandes sociétés industrielles, du développement de l'exploitation des mines, de, la métallurgie, du chemin de fer…
Sur la demande du maréchal Soult, le directeur général des Ponts et Chaussées et des Mines, l’autorise à conserver Paulin Talabot pour étudier à ses frais et périls l'établissement d’une ligne de chemin de fer d'Alès à Beaucaire.
Ces jeunes gens occupèrent bientôt les postes de commandement et d'influence, suivant l'expression d'Emile Pereire ... « en construisant des routes, des chemins de fer, des canaux, des boulevards et des rues, ils ont écrit leur doctrine sur le sol... »
Paulin Talabot partit aussitôt pour l'Angleterre. Avec George Stephenson, il visite et étudie les chemins de fer que le grand ingénieur anglais venait de construire entre Darlington et Stockton, Liverpool et Manchester.
Si l'on voulait tracer le portrait de l'homme hardi du XIX* siècle, c'est à Paulin Talabot qu'il faudrait demander un modèle. Il n'est pas, en effet, de personnalité plus représentative, plus typique, que celle de cet ingénieur poussant devant lui les plus grandes affaires de son temps.
Dès son retour, en 1830, Paulin Talabot constitue une société d'études pour l'établissement du chemin de fer de La Grand-Combe à Beaucaire et réussit à intéresser la Compagnie Minière de La Grand-Combe. L'année suivante, il présente au Conseil général des Ponts et Chaussées un projet de voie ferrée de La Grand-Combe à Beaucaire par Alès et Nîmes.
Un deuxième projet, dû à MM. Charles Havas et Dominique de Berrenechea-Muta, directeur des Sociétés Houillères de Rochebelle et du Trelys, qui, le 1er février 1830, reprennent le projet de 1825 et demandent l'autorisation d entreprendre une étude d'Alès à Aiguës-Mortes ou Alès à Beaucaire en passant par Nîmes.
C'est à ce disciple de Saint-Simon qu'Alès et les Houillères des Cévennes doivent leur essor industriel, c'est à lui qui développa l'invention qui apporta dans la vie tant de profondes et heureuses transformations et qui reste la plus vaste, la plus féconde : le chemin de fer.
Sans attendre les conclusions de cette assemblée, il cherche et trouve des collaborations parmi lesquelles nous relevons le nom de deux grandes familles alésiennes : de Chapel et d’Hombre.
Tout semblait réussir, quand une troisième société devançant le projet des Houillères de Rochebelle et de Trelys, obtint la concession d’une voie ferrée de la Grand-Combe à Beaucaire par Aies et Nîmes.
« ... L'ère du rail vient de commencer, et le rail, ce grand civilisateur, ce grand pacificateur qui confondra toutes les langues, tous tes usages, unira tous les intérêts, tous les cœurs qui, de tous les peuples, fera un seul peuple... Le rail frappe à notre porte et lui dit : « Ouvre-toi ! Plus d'obstacles, que tes hommes, les produits de la terre et les produits de l'industrie circulent librement, et que toutes les barrières soient enlevées, comme vont être enlevées tes dernières pelletées de terre qui séparent la mer Rouge de la Méditerranée... »
Le 11 mars 1833, il obtient l'adjudication. Mais il n’est pas au bout de ses peines.
Odilon Barrot, un Lozérien né à Villefort, alors président du Conseil, appuie le projet qui est adopté, au milieu de 1833, par les Chambres.
En 1829, le maréchal Soult, duc de Dalmatie. Président du conseil d'administration de la Société Perrochel, propriétaire du canal de Beaucaire à Aiguës-Mortes, s'était rendu à Alès et avait été frappé autant par la richesse du pays que par sa faible activité. Pour redonner vie à ce pays, il fallait établir des relations entre Alès et le Rhône.
C’est grâce à son énergie Persévérante, à sa confiance dans la justesse de ses vues que Paulin Talabot put constituer enfin la Compagnie Des Mines de la Grand-Combes et des Chemins de Fer du Gard.
Or, la même année, il appelait un jeune ingénieur de trente ans, sorti de l'Ecole Polytechnique dans le corps des Ponts et Chaussées pour assurer tes fonctions de directeur du canal. Son nom : Paulin Talabot.
« ... C'est le 27 juillet 1837 que MM. Jules Léon et Paulin Talabot, Vaute, Abric, Mourier, Fraissinet et Roux, Jean Luce, J. Ricard, Théroud, Delort et Fournier frères signaient les statuts de la société constitué pour l'exploitation des Mines de La Grand-Combe et l'exécution des Chemins de Fer du Gard au capital de16 millions, dont 6 millions souscrits par la maison de Rothschild.
Cet article dithyrambique, écrit dans un journal de l'époque, reflète bien l'enthousiasme que suscitait la création des voies ferrées.
Les travaux commencèrent au printemps de 1838.
Les machines locomotives avaient été commandées en Angleterre, à l'usine Stephenson. Les voitures à voyageurs et wagons à marchandises étaient en construction à Paris et à Lyon.
Les rails sortaient des fonderies de la Compagnie des Forges d'Alès. Ils étaient à double champignon, mais ces rails ne furent pas fixés sur des dés de pierre, comme c'était la manière de l'époque, mais sur des traverses en bois de chêne reposant sur, une couche de gravier ou ballast.
Quant aux ouvrages d'art, tunnels, ponts, ils méritent encore l'admiration, car ils ont cent vingt ans d'existence!
Bessèges. Pont sur la Cèze. A g.: L'usine C de tubes de la Société Lorraine-Escaut, construite sur l'emplacement des hauts fourneaux des forges d'Alais. En face du pont, la direction des Houillères des cevennes, groupe de Bessèges, ex-siège de la compagnie Houillère de Bessèges. (Cl. Pilloux)